Monnaie commune de l’AES : Une analyse coûts-bénéfices face à l’Eco de la CEDEAO

La concrétisation de l’Eco, la monnaie commune de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), prévue pour 2027, placerait de facto les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) hors de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Face à ce scénario probable, l’économiste Madou Cissé pose la question cruciale : la création d’une monnaie commune par l’AES serait-elle une option favorable ?

Le cadre théorique de Robert Mundell

L’analyse s’appuie sur la théorie de la « zone monétaire optimale » de l’économiste canadien Robert Mundell (1961), selon laquelle l’adoption d’une monnaie commune est bénéfique si les avantages l’emportent sur les coûts induits.

Avantages (Bénéfices)Coûts
MicroéconomiqueMacroéconomique
Suppression des coûts de transaction liés au change.Perte de l’instrument de politique monétaire pour chaque État (impossibilité d’utiliser la dévaluation ou le taux d’intérêt comme levier).
Suppression de l’incertitude liée aux taux de change.Rétablissement des « frontières monétaires » avec la zone CEDEAO/Eco.
Facilite les échanges de biens/services et la mobilité des capitaux.Perte du double avantage microéconomique (coûts de transaction et incertitude) avec les pays de la zone Eco.
Macroéconomique
Harmonisation des politiques monétaires, évitant les dévaluations compétitives.

Analyse du déséquilibre commercial de l’AES

L’analyse de la balance commerciale de l’AES révèle un déséquilibre majeur qui rend la création d’une monnaie commune coûteuse à court terme :

IndicateurDonnées 2023-2024Conséquence
Couverture des importationsLes exportations de l’AES couvrent à peine 60 % de leurs importations totales (CEDEAO + Monde).L’AES a besoin d’un stock supplémentaire de 40 % de devises étrangères pour payer ses importations.
Commerce intra-AESLes transactions entre les pays de l’AES ne dépassent pas 7 % des exportations totales et moins de 5 % des importations totales.Le volume des échanges au sein de la Confédération est trop faible pour maximiser l’avantage microéconomique d’une monnaie commune interne.
Dépendance commercialeLa Côte d’Ivoire et le Sénégal sont les deux principaux partenaires commerciaux du Mali et du Burkina Faso, fournissant près de 25 % des importations de l’AES.En quittant l’UMOA, l’AES devra payer ses importations auprès de ces pays en devise étrangère (Eco), augmentant le besoin en devises de l’AES.

Conclusion : Coûts à court terme et stratégies d’atténuation

Selon Madou Cissé, les chiffres du commerce extérieur indiquent qu’à court terme, la balance penche clairement du côté des coûts. La dépendance économique vis-à-vis des pays de la CEDEAO rendrait le départ de l’UMOA préjudiciable en augmentant les coûts de transaction et l’incertitude des taux de change.

Pour atténuer le choc du départ, plusieurs stratégies sont recommandées :

  1. Mécanisme de convertibilité : Établir un mécanisme de convertibilité direct entre la future monnaie AES et l’Eco, afin d’éviter le passage par une devise étrangère (comme le dollar ou l’euro) pour le commerce régional.
  2. Promotion du « Consommé Local » : Réduire les déficits commerciaux en augmentant les capacités de production locales.
  3. Programme confédéral pétrolier : Augmenter les capacités de production et de raffinage du Niger au profit de l’ensemble de l’AES, créant des économies d’échelle.
  4. Taux de change géré : Opter pour un taux de change flexible qui offrirait aux autorités monétaires de l’AES une marge de manœuvre.

À long terme, un développement réel du secteur productif de l’AES pourrait rendre les bénéfices supérieurs. Cependant, le « véritable danger » à court terme est l’« Ecoïsation » de l’économie AES, où l’Eco, la monnaie « étrangère » et forte, pourrait chasser de la circulation la monnaie commune de l’AES, réalisant la loi de Gresham.

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